Nourrir le sol

Cultiver sans engrais, c’est de la démence !

Titre provocateur s’il en est, je l’avoue, mais…

sol pas nourrissant autant manger des légume en papier

Pour qu’un légume soit nutritif, il faut qu’il contienne les précieux nutriments qu’il doit apporter à notre corps.
Or, il ne suffit pas de s’appeler « pomme de terre » (par exemple), pour contenir ce qui est nécessaire pour s’appeler aussi « nourriture ».
Ainsi, une pomme de terre qui noircirait une fois épluchée ne contiendrait pas suffisamment de magnésium…pourquoi ? parce que la terre dans laquelle elle a été cultivée n’en contenait pas ou peu.

Que dire des légumes cultivés sans terre ?
Hors sol, les légumes reçoivent une « liqueur » nutritive qui est censée contenir tout ce dont le légume a besoin, mais aussi ce dont NOUS avons besoin.
Est-il meilleur ?
Certes NON. Il suffirait de boire cette « liqueur » directement pourquoi pas ? ou sur des légumes en papier…quoique, si on réfléchit bien, c’est le gout qu’ils ont, le gout de papier.
Non, mais sérieusement…
Les engrais utilisés sont souvent (voir quasiment uniquement) des engrais de fabrication synthétique d’une part et il manque ces minuscules oligo-éléments que la nature a prévus pour faire fonctionner notre corps au mieux..

Et des légumes cultivés sans engrais du tout, toujours dans la même terre,puisent leurs nutriments dans les matières minéralisées et rendent cette terre peu à peu stérile. Alors que dans un milieu correctement nourri, la plante va puiser d’abord dans les réserves organiques et seulement ensuite dans les matières minéralisées.

Alors que faire ?

Faut-il ajouter de l’engrais ?
de l’amendement ?

(attention à ce qu’on appelle engrais, selon les sources ce mot prend des significations diverses)

Ah oui…mais non…
Et bien on peut le faire, mais pas n’importe lequel.
Pas d’engrais chimique
, mais …
Les uns seront pour, les autres seront contre…
personnellement, je fais et l’un et l’autre, en fonction des situations que je rencontre dans mon potager.

Pas de composte de fortune

La terre doit contenir tous les éléments nécessaires à la croissance des plantes (sans maladie), dans des proportions parfaitement équilibrées et des micro organismes capables de pré digérer ces éléments, afin de les rendre assimilables dans des conditions bien déterminées.

Ce qui exclue les engrais de fortune.
En effet, un engrais fait uniquement de déchets du jardin, de cuisine, marc de café, crottins etc… est insuffisant.
Pourquoi ?
Parce que réalisé dans de mauvaises conditions, l’engrais peut contenir des pathogènes, tant pour la plante que pour l’homme et aussi des graines d’indésirables.

OUI OK, mais alors ?

Alors on va apprendre:

Apprendre à imiter la nature,

et oui ! encore Elle, Elle dont nous venons, Elle qui nous nourrit, Elle qui nous soigne, Elle qui évite qu’on soit malades.

Respecter le cycle naturel

en réintroduisant sous le mulch les matières prélevées au sol
ou en réalisant un compost de matières récupérées.

Le compostage

Attention: le compost ne nourrit pas l’ activité biologique du sol et ne le stabilise pas.
En revanche il est efficace pour remonter le taux de matière organique du sol.

Le compostage c’est la décomposition des matières organiques par les micro-organismes des sols en présence d’oxygène et d’eau

à chaud ou à froid ?

Recommandations:
Eviter

  •  d’enfouir dans le sol, d’une manière ou d’une autre, un amendement organique.
  • d’utiliser des engrais trop riches en une seule matière, quelle qu’elle soit: exemples la potasse (marc de café), le superphosphate (plâtre).
  • L’usage trop fréquent au même endroit d’un compost de même composition. (D’autant plus s’il est plus riche en un élément qu’un autre).

Un bon compostage est lent et prolongé de façon à éliminer au maximum les pathogènes voire les pesticides.

Allez, on le fait ce tas de compost:

Il y a plusieurs écoles sur le mode de compostage:

Le compostage à chaud
et le compostage à froid

Si on choisit de faire un compostage à chaud,

 il ne suffit pas d’entasser des matières organiques pour réaliser un compost valable.

Si on est OBLIGE de COMPOSTER (par hygiène etc…) il faut prendre quelques précautions

  • Une cheminée d’aération est indispensable

    L’absence de cheminée provoque la putréfaction des matières soumises à l’action des micro-organismes anaérobies.
    Il en résulte une forte acidité du tas qui nécessiterait un gros volume de chaux ensuite.
    la chaux entraine une nitrification rapide.
    On obtient un terreau des plus vulgaires.
    Les pathogènes ne sont pas détruits ni les graines de mauvaises herbes.

    = éviter le compostage dans une fosse profonde, sous plastique non perforé (trous de 5 cm)

  • Conditions idéales:

    Le « bon » compostage consiste à rassembler des matières organiques les plus diverses possibles.
    Le tas de compost, s’il est constitué en majorité de matériaux humides comme des déchets issus de la cuisine ou des herbes fraîchement coupées deviendra une masse gluante, asphyxiée où se créera un processus anaérobie engendrant bien souvent de mauvaises odeurs, preuve que ce ne sont pas les bactéries désirées qui travaillent. Des matières végétales « mûres »riches en carbone (paille sciure, brindilles, fibres etc…) et des matières riches en azote (fumier, déchets verts, matières animales etc…) et du gazon (en plaques minces)  des feuilles d’arbres ornementaux comme le houx (magnésie), tiges de plantes vivaces (spirée ulmaire pour la magnésie), litière des petits élevages, des plantes médicinales, les tiges des « mauvaises herbes (avant qu’elles ne soient en graines) et même des aiguilles de sapin qui dans certains cas (fraisiers) favorisent l’enracinement, les déchets de cuisine (les peaux de bananes sont très riches en vitamines et sels minéraux) .
    Le tout autour de la cheminée d’aération bien sur ! On peut la réaliser avec un fagot au centre du tas.
    Puisque le milieu ne sera pas acide cette fois, les bactéries nécessaires pourront se développer et travailler dans de bonnes conditions.

    Apporter de la bonne terre noire permettra d’amener au tas une quantité de ces bactéries utiles.
    + Chaleur + humidité
    + algues marines quand on peut

Le tas de compost ainsi réalisé va monter en chaleur (jusqu’à65°C en présence de maërl) en 17 jours.

Intérêt du chauffage du tas de compost ?

L’échauffement des matières constitue une désinfection naturelle qui assure la destruction des spores des maladies cryptogamiques, des oeufs, des larves, des insectes nuisibles, destruction des graines de mauvaises herbes (herbes non désirées).

Un exemple: les nématodes de la tomate
Les nématodes se situent dans les racines des plants. On peut les transporter avec la terre, soit avec les racines, mais aussi avec les outils et les bottes.
Si on composte les plantes atteintes, il est important de s’assurer que la température s’élève à 49C dans le tas.

Lorsque le tas a terminé sa chauffe, la température redescend et on voit apparaitre les vers de terre, les moisissures utiles (actinomycètes)Les champignons microscopiques qui se développent dans ce tas de compost qui est devenu du terreau en voie de formation, engendrant la production d’antibiotiques qui freinent le développement et provoquent la disparition progressive des bactéries nuisibles (notamment des anaérobies apportées par le fumier et les excréments).
Maintenant, le tas va dégager une bonne odeur de sous bois, signe qu’il est arrivé au stade final de sa maturité.

Certains jardiniers actuels sont farouchement opposés à cette façon de composter.
Personnellement, je m’en sert lorsque j’ai besoin d’une grande quantité de compost rapidement ou alors que les déchets dont je dispose ne sont pas surs (maladies, graines…), ou alors que j’ai besoin de la chaleur qu’ils dégagent, notamment au printemps, pour démarrer les semis, voire pour chauffer la serre.

Les déchets directement sous le mulch ou compostage à froid

Directement ajouté au jardin dès la cueillette, ou directement depuis la cuisine, si les éléments sont sains, il n’y a pas d’inconvénient à incorporer les déchets végétaux directement à la surface du potager.
le papier, le carton (sans encre si possible) sont également de bons constituants, car il faut que le rapport carbone / azote soit favorable au premier.
Bien sur pour ces derniers, il faut les découper en petits morceaux afin qu’ils n’étouffent pas ce qu’on veut préserver.

La butte de culture

La butte de culture demande la même minutie, les mêmes matériaux, la même réflexion, sauf qu’elle ne chauffe pas (ou peu).

Selon Philipp Forrer, on peut réaliser une butte de façon à obtenir une réserve de carbone, et donner à manger à toute la faune du sol.

Tout est dit
Il n’y a pas à ajouter d’engrais puisque le couvert végétal, du moment qu’il est varié, apportera les éléments nécessaires.
La nature a pourvu à tout ce qui était utile à la vie.

Par rapport au compostage à chaud, le compostage à froid, comme son nom l’indique, ne chauffe pas ou très peu.

La matière entièrement dégradée par le compostage à chaud ne plait pas au ver de terre. Si celui-ci ne vient pas au « restaurant », il ne va pas travailler pour vous, ne va pas mécaniquement améliorer le sol, ni par ses excréments la fertiliser.

Le compostage à froid apporte de belles surprises quand des graines (ou des épluchures) vous font le cadeau de nouvelles plantes.

Lorsqu’on en a besoin, le compost à froid réalisé entre les plantes peut être récolté et servir à amender d’autres cultures.

Le BOKASHI

Nous venons de voir que le compostage c’est la décomposition des matières organiques par les micro-organismes des sols en présence d’oxygène et d’eau.

Il existe une autre manière de recycler les déchets de cuisine et de faire un amendement qui enrichit le sol, c’est le Bokashi.
Il s’agit d’une méthode ancestrale, pas d’une nouvelle mode, mais elle est utilisée chez-nous depuis quelques années seulement.
Elle consiste en l’utilisation de la fermentation des matières, donc en anaérobie et non plus en aérobie (en présence d’oxygène) comme le compostage.

On se sert actuellement de micro organismes efficaces pour améliorer le bokashi
Le concept de « micro-organismes gentils » est développé par le Professeur Teruo Higa, à l’Université des Ryūkyū, à Okinawa, au Japon. Dans les années 1980, il rapporte qu’un mélange d’environ 80 micro-organismes différents était capable d’influencer positivement la décomposition de matière organique d’une façon telle qu’elle se régénère dans un processus favorisant la vie (wikipedia).

Les micro-organismes efficaces désignent principalement les micro-organismes aérobies et anaérobies mélangés.
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Et finalement, si le compostage était tout bonnement mauvais pour la Nature ?

C’est ce que nous explique Konrad Schreiber

La transformation de la matière organique par le compostage ne va pas forcement ne nous apporter que des avantages.
Systématiser une pratique est sans doute une grande erreur.
Le compostage n’est pas la panacée…
Alors qu’en déposant la matière organique sur le sol, cela va faire pousser un  végétal qui va capter le CO² grâce à la photosynthèse, la plante amènera les sucres qui favoriseront la vie du sol et ainsi de suite, le compostage lui va produire du CO²

A suivre: les buttes de permaculture (puisqu’il existe plusieurs types de buttes)
le compostage de la paille
le compostage de la tourbe
et surtout,
La culture sur sol vivant

 

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